La Corée du Sud fait de l'IA générative un service public gratuit
Pendant que les États-Unis laissent faire le marché et que l'Europe régule, la Corée du Sud choisit une troisième voie : faire de l'IA un service public gratuit pour tous.

La Corée du Sud a officialisé fin août son programme AI for All : un accès gratuit et illimité à des outils d'IA générative pour chaque citoyen. Une phase de test démarre en septembre, avant un déploiement national prévu d'ici la fin de l'année.
C'est une première mondiale à cette échelle : l'IA générative traitée comme un service essentiel, au même rang que l'éducation ou la santé.
Trois opérateurs, un accès universel
Le gouvernement a retenu trois consortiums, menés par SK Telecom, KT et Kakao, chacun tenu de combiner ses propres modèles avec ceux d'autres acteurs coréens.
SK Telecom mise sur son modèle A.X K2 (688 milliards de paramètres), issu du programme souverain de modèle national. KT s'appuie sur Mi:dm K Pro 2.5, accessible via le portail Daum. Kakao, de son côté, compte sur KakaoTalk, l'application de messagerie qui centralise déjà messagerie, VTC et banque pour des dizaines de millions de Coréens, comme porte d'entrée principale.
Absent notable : Naver, premier opérateur du pays, qui a renoncé à candidater, invoquant un calendrier trop serré.
Des usages très concrets
Loin d'un simple chatbot généraliste, l'outil doit s'intégrer aux services publics du quotidien : prendre un rendez-vous médical, obtenir des conseils fiscaux, chercher un logement. Les petites entreprises pourront aussi s'en servir pour calculer leurs taxes ou vérifier leur éligibilité à des aides.
512 GPU et plusieurs milliards de dollars
L'État fournit l'infrastructure : 512 puces Nvidia B200 partagées entre les trois consortiums dès cette année, puis un soutien financier à partir de 2027 pour couvrir une partie des coûts de fonctionnement à l'échelle nationale. Le budget IA du pays pour 2026 atteint 7,2 milliards de dollars, le triple de l'année précédente.
Une stratégie à double objectif
Cette gratuité n'est pas un simple geste. Le gouvernement veut d'abord accélérer l'adoption de l'IA dans une population déjà très réceptive : près d'un quart des Sud-Coréens paient déjà pour des services d'IA, contre environ 2 % aux États-Unis.
Le second objectif est la souveraineté technologique : en misant sur des modèles développés localement, Séoul cherche à réduire sa dépendance aux solutions américaines et chinoises.
Une troisième voie face aux États-Unis et à l'Europe
Ce choix tranche avec les deux approches qu'on a l'habitude de vous présenter ici. Les États-Unis laissent le marché décider, quitte à imposer des contrôles ponctuels sur les capacités jugées sensibles.
L'Europe régule et investit par le biais de partenariats, comme celui entre Microsoft et Mistral dont on vous parlait récemment.
La Corée du Sud choisit une troisième voie : faire de l'IA un bien commun financé et distribué directement par l'État.
Les inconnues qui restent
Plusieurs questions restent ouvertes. La notion de tokens réellement illimités interroge déjà les observateurs : la vraie limite sera celle qu'imposeront physiquement les 512 GPU disponibles, quel que soit le nombre d'utilisateurs. La pérennité du financement au-delà de 2027, la qualité réelle du service, et l'adoption par une population déjà bien équipée en outils IA gratuits, restent également à démontrer.
Si le modèle tient malgré tout, d'autres gouvernements pourraient sérieusement se poser la même question.
Sources : Génération NT, 1er septembre 2026, Clubic, 31 août 2026, Franceinfo
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